Taxe sur les petits colis : ce qu’il faut savoir
Le 1er mars 2026, la France avait instauré une taxe de 2 euros sur les petits colis importés de pays situés en dehors de l’Union européenne. Depuis le 1er juillet 2026, celle-ci est supprimée et remplacée par un droit de douane européen de 3 euros par catégorie d’article pour les colis importés d’une valeur inférieure ou égale à 150 euros. Ce forfait douanier a été décidé et appliqué par l’ensemble des 27 pays membres de l’UE.
Quelles sont les raisons et les modalités exactes de cette nouvelle taxe ? Quelles sont les implications concrètes pour vous ? Faisons le point sur l’actualité de cette réforme douanière, son entrée en vigueur, le montant de la taxe et les changements à prévoir en pratique.
Sommaire
- 1 Pourquoi cette taxe sur les petits colis (TPC) a-t-elle été mise en place ?
- 2 Qu’est-ce qu’un petit colis ?
- 3 Qu’est-ce qu’une catégorie d’article ?
- 4 Qui paie les 3 euros et comment sont-ils collectés ?
- 5 Où va l’argent collecté ?
- 6 Existe-t-il des exonérations ?
- 7 Une nouvelle contribution en novembre 2026 ?
- 8 Quel bilan pour la taxe française de 2 euros ?
Pourquoi cette taxe sur les petits colis (TPC) a-t-elle été mise en place ?
Il s’agit avant tout de mieux encadrer le flux d’importation de petites marchandises provenant très majoritairement de Chine. Pour le gouvernement, cette réforme constitue une réponse à l’explosion du nombre de ces colis. Le ministère de l’Économie met notamment en avant la nécessité de mieux protéger les consommateurs et les entreprises européennes.
Selon « Études et éclairages n° 103 » de la Direction nationale des statistiques du commerce extérieur, publié en décembre 2025, environ 800 millions de petits colis sont importés chaque année en France, dont la moitié ne dépasse pas un montant de 3,40 €. 97 % de ces petits envois proviennent de Chine, contre 86 % en 2022.
Au niveau européen, ce sont 5.6 milliards de ces envois postaux qui entrent chaque année sur le territoire de l’UE.
Il s’agit donc de limiter une forme d’importation qui a été sous-estimée pendant plusieurs années par l’UE et qui pose plusieurs problèmes :
- Une distorsion de concurrence du commerce international : jusqu’au 30 juin 2026, les marchandises importées dans des colis de moins de 150€ bénéficiaient d’une franchise de droits de douane. Cela favorisait notamment les plateformes expédiant directement de très nombreux articles depuis des pays tiers par rapport aux importateurs traditionnels. L’objectif est également de réduire l’écart de prix avec les produits commercialisés par les entreprises européennes, soumises à davantage d’obligations réglementaires.
- Un impact écologique important : faire venir individuellement des articles d’une valeur de quelques euros de l’autre bout du monde génère du fret aérien, des emballages et de nombreuses opérations logistiques. Le phénomène est particulièrement visible dans l’« ultra fast-fashion » qui propose en plus des vêtements de très mauvaise qualité, vite jetés et non recyclables.
- Un danger pour la santé publique : Selon la DGCCRF, environ la moitié des produits vendus sur les marketplaces chinoises Shein et Temu sont dangereux pour la santé et 70% ne correspondent pas aux normes européennes de sécurité. Pour les jouets achetés sur Shein, le taux monte à même à 100% de non-conformité selon UFC Que choisir.

Qu’est-ce qu’un petit colis ?
Les petits colis sont définis comme étant un ou plusieurs articles conditionnés dans un même emballage et d’une valeur intrinsèque totale inférieure ou égale à 150 euros, c’est-à-dire sans prendre en compte les frais de port ou d’assurance.
Il s’agit d’une notion utilisée par la réglementation douanière européenne, notamment pour les déclarations simplifiées de type H7 correspondant aux envois de faible valeur. Auparavant, en 2009, le règlement européen n° 1186/2009 les qualifiait de marchandises de « valeur négligeable ».
Qu’est-ce qu’une catégorie d’article ?
Il est important de souligner que la taxe de 3 euros s’applique à chaque catégorie d’article déterminée selon la nomenclature douanière, et non par objet contenu dans le colis.
Pour une marchandise unique, le calcul est simple. Par contre, si vous achetez trois produits appartenant à trois classes différentes, par exemple un pantalon, un jouet et un appareil électronique, le droit s’appliquera trois fois, soit 9 euros.
Il existe cependant une subtilité importante : deux produits qui semblent similaires commercialement peuvent appartenir à deux catégories douanières différentes.
Le classement dépend notamment de la nature du produit, de sa matière, de son usage et parfois de caractéristiques techniques. Par exemple, deux T-shirts de matières différentes peuvent relever de deux familles distinctes : SH6 610910 pour les T-shirts en coton et SH6 610990 pour ceux en autres matières textiles (synthétiques…).
Le système douanier est très détaillé : le Système harmonisé (SH) utilise une nomenclature à 6 chiffres, tandis que la Nomenclature combinée européenne (NC) va jusqu’à 8 chiffres (ce qui représente environ 5000 groupes pour le SH6 et 15500 pour le NC8).
Ce que cela signifie concrètement pour la taxe
Imaginons un petit colis contenant :
| Produits | Quantité | Catégories distinctes |
| T-shirts coton | 2 | 1 |
| T-shirts synthétiques | 2 | 1 |
| Bijoux fantaisie | 3 | 1 |
| Écouteurs | 1 | 1 |
| TOTAL | 8 objets | 4 catégories |
Le colis contient donc 8 articles physiques mais 4 catégories distinctes. Le droit applicable sera donc ici de :
4 × 3 € = 12 €.
Rassurez-vous, ce n’est pas à l’acheteur de rechercher lui-même la correspondance entre les produits achetés et leur catégorie. Les informations nécessaires au dédouanement sont fournies par la plateforme (Temu, Shein, AliExpress…), le vendeur et les opérateurs chargés de la déclaration en douane.
Qui paie les 3 euros et comment sont-ils collectés ?
Le consommateur n’a aucune démarche particulière à réaliser, il n’a pas à calculer et à verser directement les 3 € à la Douane.
Techniquement, le redevable est le déclarant en douane, qui peut notamment être le titulaire d’un numéro IOSS (Import One-Stop Shop), son représentant ou un autre intermédiaire chargé du dédouanement.
L’IOSS, ou guichet unique à l’importation, est déjà utilisé notamment pour simplifier la collecte de la TVA sur le commerce en ligne de biens importés.
Ces sites de e-commerce sont ensuite libres de répercuter ou non tout ou partie de cette taxe via une augmentation des prix de vente finaux, auquel cas le consommateur en supportera indirectement la charge.
Où va l’argent collecté ?
Les droits de douane collectés constituent une ressource de l’Union européenne. Une partie est toutefois conservée par l’État membre chargé de la perception au titre des frais de collecte.
Pour 3 € de droit perçu :
2,25 € reviennent au budget de l’Union européenne
0,75 € sont conservés par l’État membre chargé de la perception et du dédouanement
Existe-t-il des exonérations ?
La principale exonération pour les particuliers concerne les envois non commerciaux entre particuliers d’une valeur maximale de 45 euros (cadeaux…).
Les achats effectués auprès d’une plateforme ou d’un vendeur professionnel ne bénéficient pas de cette franchise, même lorsque leur montant est très faible.
Les envois B2B et les colis d’une valeur supérieure à 150 € ne relèvent pas non plus de ce droit forfaitaire: ils sont soumis aux règles douanières classiques.

Une nouvelle contribution en novembre 2026 ?
À partir du 1er novembre 2026, l’UE doit mettre en place une nouvelle contribution appelée « Union Handling Fee », que l’on peut traduire par redevance européenne de traitement des petits colis.
Son montant reste encore à définir officiellement, même si un montant d’environ 2 euros par colis a été évoqué.
Cette nouvelle redevance servira à financer le surcoût engendré par la gestion et la surveillance douanière des milliards d’objets entrant dans l’UE, notamment :
- l’analyse de risque ;
- le contrôle des déclarations ;
- la recherche de marchandises dangereuses ou non conformes ;
- la lutte contre la fraude et la contrefaçon.
La destination et la répartition exactes de cette future redevance européenne doivent encore être précisées. Il s’agit d’ailleurs d’un sujet important pour les États membres qui assurent le traitement de très gros volumes de colis et supportent directement une partie des coûts de contrôle et de dédouanement. À suivre…
Quel bilan pour la taxe française de 2 euros ?
Pour conclure, nous pouvons établir un premier bilan de la version française de la TPC, d’un montant de 2 €. Cette taxe nationale a été appliquée pendant seulement quatre mois.
Ce bilan de cette mesure est clairement très mauvais : là où la loi de finances 2026 attendait environ 400 millions d’euros de recettes en année pleine, la direction des Douanes a constaté un rendement d’environ 2,3 millions d’euros par mois, soit seulement 27,6 millions d’euros annualisés.
La principale raison est que la taxe a été contournée par le déplacement massif des opérations de dédouanement vers d’autres nations de l’Union européenne. Cette taxe contournée au niveau logistique illustre les limites d’une mesure uniquement nationale dans un marché douanier européen.
Selon la direction générale des Douanes, le nombre de déclarations concernées est passé d’environ 500 000 par jour à 50 000 par jour, soit un déport de l’ordre de 90 %.
Il ne faut toutefois pas comprendre que 90 % des commandes françaises ont disparu. Une grande partie des colis aurait simplement été dédouanée dans d’autres États membres, notamment via la Belgique ou les Pays-Bas, avant d’être acheminée à destination.
Les conséquences sur le secteur logistique français ont été importantes :
- Aéroport Roissy-CDG : environ 50 vols cargo perdus chaque semaine ;
- Aéroport Paris-Vatry : forte chute du trafic fret entre février et mars 2026 (-80%);
- Répercussions économiques sur toute la chaîne logistique : entreposage, transport, manutention, dédouanement, etc., plus difficiles à chiffrer précisément.
Si l’on extrapole simplement le rendement mensuel de 2,3 millions d’euros sur quatre mois, cela représenterait environ 9,2 millions d’euros, mais ce chiffre reste une estimation et non un bilan définitif officiellement publié.
Il n’y a pas eu de bénéfice écologique évident en contrepartie, puisque le problème semble avoir été principalement déplacé vers d’autres hubs logistiques européens, sans forcément réduire ce type de consommation.
Aucune donnée publique ne permet pour l’instant de dire avec précision si le nombre de commandes réalisées sur Shein, Temu ou AliExpress a réellement diminué pendant ces quatre mois de taxation.
Le nombre annuel de colis distribués par La Poste en 2026 pourra fournir un indicateur, mais il ne suffira pas à mesurer le phénomène. Des entreprises comme GOFO concurrencent désormais fortement La Poste sur la livraison du dernier kilomètre de certains colis issus des grandes plateformes de e-commerce.
Il faudra donc cumuler les données de l’ensemble des principaux opérateurs de livraison pour avoir une vision plus précise de l’évolution réelle du nombre de colis distribués en France.
L’instauration du droit forfaitaire de 3 euros au niveau européen, censée supprimer en grande partie les possibilités de contournement par changement de pays de dédouanement, permettra donc de mieux mesurer l’impact réel de cette taxation sur les habitudes de consommation en France et dans l’Union européenne.